Matt Charland

Réalisateur

Je carbure à la rareté, à l’interdit, aux accès restreints. Ma première caméra, j’ai travaillé pour! J’ai passé des journaux dans le quartier pour qu’enfin, mes chums et moi, on ait une caméra pour faire des vidéos de skate et de snow. On a usé les mêmes cinq cassettes jusqu’à ce qu’elles soient toutes barbouillées. J’ai encore les vieux VHS avec les images de qualité discutable (pour ne pas dire médiocre). Ça reste des souvenirs incroyables. Les histoires derrière les images, c’est ça le plus important.

« Je me retrouve souvent parachuté parmi une gang d’inconnus, à l’autre bout du monde. »

Quand j’étais jeune, je voulais faire tous les métiers : plombier, DJ, guide, cuisinier, whatever! Maintenant, avec la photo et la vidéo, j’ai la chance de visiter plein d’univers différents : athlètes professionnels, pilotes d’avion à Dubaï, artistes de cirque, chefs cuisiniers, groupes de musique… Mon trip, c’est de trouver la beauté dans toutes ces personnes-là, parfois pour quelques minutes, parfois pendant des semaines.

Même si je ne suis pas juste un gars de plein air, j’ai toujours aimé ça, jouer dehors. J’aime les extrêmes, dans tous les aspects de ma vie, et les voyages en font partie. C’est ce qui me pousse à avoir une approche plus près du documentaire.

Je me retrouve souvent parachuté parmi une gang d’inconnus, à l’autre bout du monde. J’ai la chance de me faire facilement des amis, les personnes que j’accompagne sont toujours des passionnés et on a une mission commune, donc on connecte vite. Généralement, je fais tout : photo, vidéo, réalisation, direction photo, montage. Quand je suis à l’autre bout du monde et que la shot est difficile à obtenir, c’est là que je performe le mieux. Je suis dans mon élément quand je ne le suis pas.

« Je carbure à la rareté, à l’interdit, aux accès restreints, même si c’est pas pour voir
une des merveilles du monde. »

Les voyages m’ont appris à être patient et à ne rien tenir pour acquis. Par exemple, j’ai fait un tournage avec deux hélicoptères dans les Alpes françaises. À si haute altitude, avec les vents et les conditions météo, il nous a fallu quatre jours pour être capables d’obtenir un seul plan. La coopération de l’équipe est vraiment essentielle dans ce genre de situation. Il faut que je m’entoure de personnes qui ont le même niveau de tolérance au risque que moi et qui ont une bonne expérience dans des conditions hors de l’ordinaire. Parce que pour aller là où les autres ne vont pas et pour raconter des histoires qui n’ont jamais été racontées, je dois constamment me challenger, au détriment de mon équipement et de ma sécurité, à certaines occasions. Je carbure à la rareté, à l’interdit, aux accès restreints, même si c’est pas pour voir une des merveilles du monde.

J’aime m’envoyer des curveballs pendant mes voyages et mes tournages. J’essaie de créer des situations qui nous mettent un peu « dans le trouble » et aller là où on ne devait pas aller. Ça m’oblige à être débrouillard, à réagir sur le coup dans des situations un peu inusitées. Pour me sortir du trouble, j’ai une bonne moyenne au bâton. C’est aussi dans ces situations que de drôles d’opportunités se présentent. C’est souvent là qu’on a les plus belles surprises et qu’on fait les plus belles rencontres. Certaines de mes meilleures shots viennent des « pièges » qu’on s’est tendus, des moments non scriptés qu’on a réussi à capter.

« L’idée de ton projet est 1 000 fois plus forte que l’image. »

Malgré le côté extrême et les voyages, je demeure convaincu que le plus important n’est pas la qualité des images ou le lieu de tournage. De nos jours, n’importe qui peut mettre la main sur une bonne caméra et un billet d’avion.

La preuve : des réalisateurs ultra connus comme Spike Jonze ont filmé des vidéos avec des téléphones intelligents. Si tu as une ligne directrice qui est super forte, tu peux filmer avec n’importe quoi et ça peut être fantastique. Personnellement, comme spectateur, quand je tombe sur une vidéo et que le sujet est incroyable, ça peut être shooté en VHS et je n’ai aucun problème avec ça.

Aujourd’hui, avec Internet et les plateformes de partage de vidéos, on n’est plus très impressionnés par les paysages et les images de drones. Ça ne suffit plus pour être différent parce que tout le monde le fait. L’essentiel, à mes yeux, ça reste l’histoire qu’on raconte. L’idée de ton projet est 1 000 fois plus forte que l’image. La qualité des images et le côté technique restent importants, mais c’est secondaire. Il faut que ton vidéo, ton film, ton documentaire ou ta publicité ait une colonne vertébrale, un angle intéressant, une histoire inspirante.

Ces histoires-là, il faut quand même aller les chercher. Quand je pars en tournage, c’est extrêmement intensif et les attentes sont élevées, surtout quand on va dans des lieux de tournage magnifiques. Là, par exemple, je m‘en vais dans l’Ouest canadien avec une production de télé brésilienne pour faire un tournage de ski en hélicoptère. Encore une fois, ça ne sera pas reposant, mais je ne vais pas m’ennuyer!

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