Jean-Philippe Bouchard

Cofondateur – Distillerie du Fjord
Saint-David-de-Falardeau, Saguenay–Lac-Saint-Jean

 

Notre arrière-grand-père aussi avait déjà fait du gin. Ça devait couler dans nos veines. Le gin, c’est une histoire de famille chez les Bouchard. On peut dire que notre chemin était tracé, il a juste fallu qu’on le trouve. Dans la famille, on a toujours été des passionnés, des tripeux, des patenteux ; on a toujours aimé ça, faire des projets hors de l’ordinaire. Un beau jour, mon frère (chimiste de profession) et moi sommes tombés sur du vieil équipement de chimie qui datait du secondaire. Je lui ai immédiatement lancé : « On se fabrique du gin! On essaye ça! » On savait bien que c’était illégal sans permis, alors on avait des devoirs à faire.

En entendant ça, notre père, qui par ailleurs avait toujours fait son vin maison, a sorti du garage le vieil alambic de notre arrière-grand-père, qui lui aussi avait déjà fait du gin. Ça devait couler dans nos veines…  

« Je travaillais avec des entrepreneurs pour les accompagner dans leurs projets d’affaires. À force d’en cotoyer tous les jours, j’ai réalisé que j’étais du mauvais côté du bureau.»


Avec cette idée-là en tête, j’ai bâti un plan d’affaires pour le démarrage d’une distillerie dans le cadre d’un cours de maîtrise. Au moment de remettre mon travail, mon professeur m’a demandé si c’était sérieux, ce projet-là.

« Peut-être », que je lui ai répondu.

L’idée faisait encore son chemin dans ma tête quand, un peu à la blague, j’ai envoyé à mon père et mon frère le lien vers le site Web d’une formation en distillation qui se donnait à Kelowna, en Colombie-Britannique. « Crime, c’est une maudite belle opportunité. On y va! », a dit mon père. On est partis, tous les trois.Il faut savoir que pendant tout ce temps-là, je travaillais à la Banque de Développement du Canada. En gros, je travaillais avec des entrepreneurs pour les accompagner dans leurs projets d’affaires. À force d’en cotoyer tous les jours, j’ai réalisé que j’étais du mauvais côté du bureau.

En revenant de l’Ouest, avec notre formation en poche, on a emboîté le pas et on s’est lancés en affaires. Toutes les pièces du casse-tête étaient en place. La Distillerie du Fjord était née. Pour mon père, c’est un méchant beau projet de retraite, et pour mon frère et moi, c’est un privilège de pouvoir partager ça avec lui!

« Entre vous pis moi, on a raté beaucoup au début. On a fait quelques recettes qui n’était vraiment pas terrible. »

Le gin, ça a toujours été ce qu’on voulait faire, on ne s’est jamais posé de questions par rapport à ça. Ce spiritueux-là est vraiment le fun parce que tu lui donnes la signature que tu veux, pourvu que tu respectes l’esprit général. C’est un beau terrain de jeu pour s’amuser avec des ingrédients locaux. On allait pouvoir lui donner une signature unique, propre à notre coin de pays, avec des herbes, des épices, des fleurs de chez nous. C’était la cerise sur le sundae.

En développant notre recette, on ne voulait pas trop dénaturer le style London Dry Gin. Avec l’aide de Fabien, un biologiste bien connu de chez nous, on a sélectionné des épices boréales et on s’est lancés dans une longue phase d’essais-erreurs. On a joué avec tous les paramètres : temps d’infusion, quantités, mélanges, réaction à l’alcool, etc.

Entre vous pis moi, on a raté beaucoup au début. On a fait quelques recettes qui n’était vraiment pas terrible.

On a continué jusqu’à ce qu’on ait l’assurance de détenir quelque chose de vraiment bien. On a organisé des dégustations à l’aveugle et la réaction était excellente. On était enfin prêts!

« Il est en train de se créer un vrai patrimoine de spiritueux au Québec qui n’existait pas avant. »

Si je décris notre gin, je dirais que c’est un peu comme prendre une marche en forêt, un matin de printemps, dans les Monts-Valin. Imagine le plus gros paradis de plein air, de chasse et de pêche. La nature est en fleurs, les odeurs sont fruitées, un peu sapinées… et l’eau pure… Parce que l’eau joue un rôle extrêmement important dans la fabrication du gin. Pour le nôtre, on va puiser l’eau dans une source naturelle qui coule toute l’année, au 12e kilomètre du chemin des Monts-Valin. D’où le nom de notre gin : Km12.

Si on regarde l’industrie des spiritueux au Québec, on est à un moment très excitant, c’est en pleine explosion. On est une quinzaine de distilleries en ce moment, mais ça devrait doubler ou tripler dans les prochaines années. Les gens demandent de plus en plus de produits locaux, les consommateurs ouvrent leurs œillères. Il se fait un gin aux algues du Saint-Laurent, de la vodka avec des grains québécois, du rhum aux épices nordiques… Il est en train de se créer un vrai patrimoine de spiritueux au Québec qui n’existait pas avant. Avec les autres distilleries, même s’il y a une certaine compétition et qu’on veut tirer notre épingle du jeu, on transmet tous le même message : On fait vivre quelque chose d’unique, de propre à notre terroir, avec des spiritueux de qualité supérieure.

« Personnellement, j’aime remplir mon verre au complet de glace, verser du gin jusqu’à la moitié, puis ajouter un peu de tonic… là t’es en business. »

Dans le futur, on aimerait recevoir les gens chez nous, à la distillerie. C’est important pour nous de rencontrer les gens, leur expliquer comment ça fonctionne, faire des dégustations. La loi devrait bientôt nous permettre de faire ça. On tient à être impliqués dans notre communauté et à faire rayonner la région. Au Saguenay, on est des gens fiers.

Pour la suite, est-ce qu’on développera d’autres produits? La table à dessin est pleine de projets. Développer le gin Km12, ça a pris beaucoup de temps et on veut faire le même exercice pour créer des produits tout aussi exceptionnels. Donc sky is the limit!

Le parfait gin-tonic selon Jean-Philippe Bouchard, cofondateur de la Distillerie du Fjord :

« Le gin Km12, ce n’est pas un gin que tu as besoin de noyer dans un cocktail ou avec trop de tonic. Si tu as un bon Km12 à la maison, prends d’abord le temps de le découvrir sec ou sur glace. Personnellement, j’aime remplir mon verre au complet de glace, verser du gin jusqu’à la moitié, puis ajouter un peu de tonic… là t’es en business. »

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