Cirque Alfonse – Julie Carabinier Lépine

Troupe de cirque
Saint-Alphonse-Rodriguez

 

On disait toujours : « Dans ce show-là, on ne triche pas! » C’est des vraies haches et des vraies scies. Aiguisées. On a passé trois mois à monter Timber, notre premier spectacle, dans la grange familiale qu’on avait transformée en salle de répétition. C’est aussi ce spectacle-là qui nous a fait connaître au Québec, et avec lequel on a voyagé à travers le monde pendant cinq ans. C’était le début du volet « professionnel » du Cirque Alfonse. On dit « professionnel » parce que ce n’était ni notre premier spectacle ni notre premier projet familial. Le Cirque Alfonse est le fruit d’une longue épopée familiale.

« L’univers du spectacle, de la musique et de la danse a toujours fait partie de notre enfance et de l’histoire familiale. »

Pour la petite histoire, mon frère Antoine a étudié à l’École nationale de cirque et a fait partie de plusieurs troupes de cirque, dont le Cirque Éloize, Les 7 Doigts et le Cirque du Soleil, avec lesquelles il a parcouru le monde pendant plusieurs années.Pour ma part, j’ai étudié en danse contemporaine. L’univers du spectacle, de la musique et de la danse a toujours fait partie de notre enfance et de l’histoire familiale. La première fois qu’on a travaillé ensemble mon frère et moi, accompagnés de nos conjoints et autres membres de la famille, c’était pour un spectacle en l’honneur des 60 ans de notre père. C’était un petit spectacle qu’on a fait sous un chapiteau dans notre village, à Lanaudière. La réponse a été bonne, on l’a refait à quelques reprises avant de se lancer dans la production de notre premier spectacle en tant que troupe professionnelle.

« Il faut savoir que pour nous, le cirque c’est beaucoup plus qu’un enchaînement de tours. »

Pour les gens, c’est surprenant de savoir qu’on s’entraîne dans une grange. C’est un lieu un peu spécial. À l’origine, c’était une vieille grange qui ne servait plus sur notre terrain familial. On l’a transformée en salle d’entraînement. Au début, c’était par nécessité. Maintenant, on réalise que ça nous laisse une certaine liberté. Il faut dire que dans une salle d’entraînement ordinaire, ils ne te laissent pas lancer des haches. Bref, travailler dans une grange, ça nous a obligés à utiliser de nouveaux instruments, à imaginer des nouvelles disciplines, à créer différemment. Après les répétitions, on rentre tous à la maison familiale d’en face, on prend un verre ensemble, on parle du spectacle… ça contribue à l’ambiance!

« Ils ressentent notre esprit familial, nos racines, notre joie de vivre… c’est contagieux. Quand c’est festif, c’est universel! »

Il faut savoir que pour nous, le cirque c’est beaucoup plus qu’un enchaînement de tours. Il y a un aspect musical et théâtral très important. Tous les artistes sont sur la scène pendant 1 h 30. Quand ils ne performent pas dans leur discipline, ils chantent, dansent, jouent de la musique, animent. Ça forme un tout vraiment intéressant, qui est toujours teinté de nos racines québécoises et du folklore de chez nous : la musique traditionnelle, les gars barbus, les références à la culture québécoise. C’est ça, la signature du cirque Alfonse. On a eu un spectacle sur le thème des bûcherons, un autre qui était un cabaret électro-trad et notre plus récent spectacle tourne autour du thème de l’Église. Ça s’appelle Tabarnak. Y’a pas plus québécois que ça!

Au début de chacune de nos tournées, on est assez sûrs que la réponse au Québec sera bonne. Ce qui nous surprend encore, c’est la réponse qu’on a à l’étranger. On dirait qu’ils reconnaissent le côté folklorique et qu’ils s’y identifient aussi, à leur façon. Ils ressentent notre esprit familial, nos racines, notre joie de vivre… c’est contagieux. Quand c’est festif, c’est universel!

Même si on a un style assez unique, c’est extrêmement important pour nous de nous renouveler. Quand est venu le temps de monter notre dernier spectacle, on avait déjà exploré toutes les disciplines dans lesquelles on était à l’aise dans les shows précédents. Il nous fallait une nouvelle approche, de nouveaux numéros. On s’inspire beaucoup de nos voyages, des autres shows qu’on voit. Par exemple, dans un spectacle en Australie, on a vu un numéro où des acrobates tenaient une perche sur leur épaule, et d’autres acrobates étaient en équilibre dessus. On a trouvé ça cool, donc au moment de monter le nouveau show, on l’a essayé.

Deux semaines avant la première, on n’avait toujours pas maîtrisé le numéro. Avec aussi peu de temps, on n’avait plus le choix que ça fonctionne. On a enlevé les harnais de sécurité et on a foncé. Après nos deux mois de travail acharné, on a finalement réussi à temps. On le fait maintenant à toutes les représentations. Il faut qu’on repousse constamment nos limites et qu’on prenne des risques. Le cirque sans risque, ce n’est plus du cirque.

Note rythme de vie peut paraître assez fou : on revient tout juste d’Australie, on est au Québec pour quelques semaines seulement avant de s’envoler pour la France, l’Italie et Édimbourg, en Écosse. On va ensuite au Mexique avant de revenir pour des représentations au Québec à l’automne. Ça a l’air épuisant, mais c’est notre mode de vie. On est une troupe tissée serrée, avec nos amis, nos parents, nos enfants. C’est un grand trip de famille autour du monde, même si notre cœur ne quitte jamais Saint-Alphonse.

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